La psychologie
Introduction
Sommaire
I. Emergence de la pensée psychologique
1. Préhistoire de la psychologie européenne
1.1 Victor de l’Aveyron
1.2 Essor du magnétisme, de l'hypnose et de la phrénologie
2. Cartographie des pensées dominantes au 19e siècle
2.1 La pensée philosophique
2.2 La grande réforme de la psychiatrie par Pinel
2.3 La justice
3. L’histoire
3.1 Spiritualisme
3.2 Positivisme et méthode expérimentale
II. Différents champs de pratiques et de recherche en psychologie
5. La psychologie du développement
7. La psychologie inter et transculturelle
III. Place de la psychologie dans l'horizon des sciences humaines
Eléments de contenu
Introduction
La psychologie est une discipline scientifique associée aux sciences humaines et sociales. Etymologiquement, psychologie (du grec, psyché, âme, et logos, discours) signifie "étude de l'âme" - nous dirions aujourd'hui du psychisme humain, c'est-à-dire ce qui concerne l'esprit et la pensée, la cognition et l'affectivité.
Ainsi, le psychologue est un professionnel du soin psychique. Il reçoit ce titre à l'issue d'une formation universitaire de cinq ans. Ses missions sont de décrire, comprendre, prévoir, modifier (soigner, intervenir) le fonctionnement psychique. Ses pratiques se déploient dans de nombreux secteurs ; il peut notamment être thérapeute, consultant, formateur, expert judiciaire ou, dans le cadre universitaire, dédié à des fonctions de recherche et d'enseignement. Il est important de le différencier du psychiatre, qui a reçu une formation de médecin avec une spécialisation en psychiatrie., du psychanalyste et du psychothérapeute.
Le champ de la psychologie recoupe de nombreux objets mais aussi une pluralité de méthodes inscrits dans divers espaces sous-disciplinaires. Tout cela peut donner un sentiment d’éclatement à cette discipline et en rendre l'appréhension difficile. C'est pourquoi un recours à l'histoire apparait intéressant pour mieux saisir les contours de la psychologie et repérer, par delà leurs différences, ce que les psychologues ont en commun.
I. Emergence de la pensée psychologique
Le 1er doctorat de psychologie est soutenu en 1856. C'est un marqueur : un nouvel objet scientifique est né ; voyons lequel et comment ?
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La préhistoire de la psychologie européenne
1.1 Victor de l’Aveyron
En 1798, dans le Tarn, une femme aperçoit un animal bizarre. Les hommes du village finissent par le capturer : c’est un enfant sauvage. Il ne parle pas, hurle, mord. Il a environ 16 ans, on l’appelle Victor, on le met en asile. Il sera pris en charge par le docteur Itard qui fait des expériences, tente de le faire progresser. Il réussit pendant un temps puis Victor n’évolue plus.
Cf. Film de Truffaut F. , 1969, L'enfant sauvage.
Victor déchaine les débats philosophiques : quel est cet humain non humain ? L’humanité est-elle liée à un patrimoine génétique, à une forme ou bien à autre chose ? Début 20e siècle, Lucien Malson, dans son livre Les enfants sauvages, défendra les hypothèses du culturalisme. Pour lui, les notions de nature humaine ou d'instinct ne sont lus défendables et la notion de culture devient un concept fondamental pour expliquer les comportements des individus et les différences entre les peuples.
Ça ouvre à des nouvelles questions liées à l’éducatif, au social ou bien davantage au cognitif avec les théories de l’apprentissage.
En effet, il est alors établi que la culture est transmise par l’intermédiaire de l’apprentissage où l’enfant, dépendant et inachevé à la naissance, observe et imite son environnement social. L’éducation est donc à l’origine des principaux modes de différentiation des comportements, des relations sociales, des réactions à un certain nombre de situations…Eduquer, c’est permettre à un enfant d’accéder à un bain culturel.
Cette idéologie du bain n'est bien sûr pas exsangue de critiques et plus tard d'autres recherches poursuivront ces débats sur la part d'universel, d'invariants (= constantes sociales humaines) dans l'expérience culturelle. (voir par exemple Lévi Strauss avec exigence de règles, vœu de réciprocité et mouvement oblatif).
En parallèle de ces questions éducatives, anthropologiques, sociologiques émergera un autre champ, celui de la psychologie car le docteur Itard n’essaie pas tant de comprendre Victor que d’agir. Sa question est plutôt : comment faire pour accompagner ce jeune homme qui évolue dans une réalité si différente ? Comment rester à ses côtés malgré les émotions puissantes qu'il déclenche ?
1.2 Essor du magnétisme, de l'hypnose et de la phrénologie
A la même époque, fin du 18e siècle, Mesmer imagine que l’on peut définir l’autre par son rapport au cosmos. « Il existe un fluide universel vivifiant toute nature. Chaque individu appartient à ce gigantesque fluide animal. Il n’existe aucun vide et les corps s’influencent mutuellement les uns les autres selon des lois précises. Si on manipule le magnétisme animal de ces corps on peut les modifier. Par l’aimantation et l’électricité, on peut donc guérir les malades des nerfs, diriger leurs crises et s’en rendre maitres »
Il développe le magnétisme. En pratique, aidé par un jésuite qui découvre l’aimantation, il pense pouvoir calmer des crises en mettant des aimants sur le corps d’un individu. Au début, c’est un succès ; Mesmer essaie de détendre les gens car pour lui s’il y a crise, c’est qu’il y a blocage de fluide, il appelle ça un traumatisme, il provoque donc une remise en circulation. C’est une première thérapeutique, visant à diminuer une souffrance qui n’est pas médicale., toujours utilisée par certains aujourd'hui.
Cette théorie est reprise par Puységur qui, lui, utilise le sommeil pour soigner. Peu de temps après c’est le début de l’hypnose, qui sera utilisée plus tard par Freud et est encore la base de certaines thérapies.
D'autre part, la physionomie, art de connaître un individu par la morphologie des traits de son visage, aujourd’hui appelée psychomorphologie, est lancée par Lavater en 1775, cette activité pseudoscientifique est fort critiquée mais admise.
La phrénologie, lancée par Gall en 1795, reste importante jusqu’en 1920. Dans les deux cas, l’idée est que des caractéristiques psychologiques (attitudes, aptitudes, …) se retrouveront sur le corps.
Le 19e siècle marque une grande hésitation entre fond et forme, dedans et dehors. Ces tentatives qui peuvent apparaître aujourd'hui farfelues, illustrent pourtant bien l'émergence d'un intérêt accru, à cette époque, en marge des disciplines constituées, de faire parler une "autre réalité" du sujet.
2. Cartographie des pensées dominantes au 19e siècle
2.1 La pensée philosophique
La philosophie n’a cessé d’évoluer au cours des siècles et ces évolutions furent propices, au 19e siècle, à l’émergence de la psychologie. Bien sur, il n’est pas possible d’expliquer toute cette épistémologie en quelques mots au risque de trop la simplifier. Retenons toutefois trois grandes directions de la pensée philosophique qui furent décisives pour que naisse la psychologie.
- La question du doute et l'émergence du sujet - Descartes
Au XVIIème siècle, la question de la vérité était cruciale car si la science se développait la philosophie scolastique, alors dominante, n’était plus considérée satisfaisante. René Descartes va opérer une révolution philosophique, fondant la philosophie moderne, ou philosophie rationaliste, destinée à « atteindre le vrai de manière sûre ».
Selon lui, la raison, faculté de distinguer le vrai du faux, est échue en partage à tous, c'est l'universalisme cartésien. L'usage judicieux de ce bon sens, chose du monde la mieux partagée (parfois appelée lumière naturelle par Descartes), implique une méthode, soit un chemin, une route permettant d’atteindre la vérité.
La méthode rationnelle sera, dans ces conditions, constituées par un ensemble de règles, dont l’application conduit, avec certitude, au résultat. Le but de la connaissance étant de « nous rendre comme maître et possesseurs de la nature ». Il s’agit de suivre un ordre, c’est-à-dire de ramener les propositions obscures aux plus simples et de s’élever ensuite, par degrés, du plus simple au plus complexe, en s’appuyant toujours à la fois sur l’intuition rationnelle, la déduction et le doute cartésien.
- Nous ne connaissons pas les choses en elles-mêmes, mais seulement nos représentations - Kant
Dans le sillage de l'école philosophique de l'idéalisme, Emmanuel Kant, pour répondre dans La critique de la raison pure (1781) à la question "que puis-je connaitre?", mène un examen critique de la raison, déterminant ce qu’elle peut faire et ce qu’elle est incapable de faire. S’opposant à l’empirisme, la Raison désigne, pour lui, la faculté humaine visant à la plus haute unité, tout ce qui, dans la pensée, est a priori et ne vient pas de l’expérience. Ce qui organise la connaissance est notre faculté de connaître et non les objets qui la déterminent.
Son idée est que l’entendement a une certaine forme. Cela signifie que l’entendement n’accueille pas les idées des choses extérieures sans les modifier. Pour devenir objet de connaissance, et se constituer en tant qu’idée, il faut qu’elles se modifient de manière à s’adapter à la forme de l’entendement. Ainsi, la raison pure (théorique) doit prévaloir sur la raison pratique (qui porte sur l’action) ou spéculative (qui porte sur la connaissance).
Chez Fichte, le Moi constitue le « point suprême » de la philosophie transcendantale. Dans la première préface à la Doctrine de la science (1797), il souligne l'identité de sa pensée et de la pensée kantienne. Il s'agit pour lui il s’agit de poursuivre sa pensée en affirmant l'importance que revêt la possibilité d'une « intuition intellectuelle » et en déterminant comment elle doit être conçue. Il écrit ainsi, "si la conscience est principe fondamental, la tâche de la philosophie est une description systématique de la conscience".
Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling met en avant le rôle de l'inconscient. IL affirme dans Du Moi comme principe de la philosophie (1795) qu’à la base du savoir se trouve l'opposition entre objet et sujet, et la synthèse, l'Être. Identifié à l’absolu, il fait l'objet d'une intuition intellectuelle, appelée « réflexion ». La synthèse ou l'unité se laissant espérer d'une part dans l'organisme vivant, d'autre part dans l'art, pour lui, « L'essence du Moi est liberté » : « En nous tous est présente une faculté mystérieuse et merveilleuse, celle de nous retirer dans la partie la plus intime de nous-mêmes (...) afin d'intuitionner l'éternel en nous, sous la figure de l'immutabilité. Cette intuition est l'expérience la plus intime, la plus proche, celle dont dépend tout ce que nous savons et croyons quant au monde suprasensible » (Lettres sur le dogmatisme et le criticisme, in Premiers écrits, p. 189).
Hegel exclut quant à lui toute méthode empirique considérant la psychologie comme la réflexion spéculative de l'esprit sur lui-même dans une approche dialectique ou rationnelle, par opposition à la psychologie empiriste qui se développe en parallèle outre manche.
- Le sujet prend conscience de lui-même à travers ses perceptions - Locke et Condillac
Pour Locke, "la connaissance résulte de l'expérience de la réalité par les sens." Des idées simples de sensation et de réflexion font trace et se combinent entre elles en idées complexes, c'est l'empirisme.
David Hume soutient que "la vraie science de l'homme est celle qui concerne non pas l'esprit lui-même mais ses opérations". Il divise les perceptions de l'esprit en deux classes, les impressions - du ressort de l'anatomie et de la physiologie - et les idées - du ressort de la métaphysique. Toutes nos idées ont pour condition préalable des impressions correspondantes et il s'établit des relations d'association entre elles selon trois loi : ressemblance, continuité dans le temps et l'espace, causalité, c'est l'associationisme.
David Hartley, médecin anglais, rassemble la théorie des vibrations de Newton à l'associationnisme de Locke et Hume pour penser l'impact du monde extérieur sur nos sens. Charles Bonnet, philosophe et naturaliste suisse élabore à la même époque une psychophysiologie fort semblable qui se développera en Allemagne.
Dans le prolongement de cette pensée John Stuart Mill affirmera en 1843 qu'une science des phénomènes mentaux est possible, la psychologie, même si elle ne sera jamais aussi exacte que la physique et Alexander Bain, considéré comme le premier psychologue de langue anglaise, étendra ces principes associationnistes de réduction du complexe à des éléments simples et à quelques lois de constructions à l'ensemble de la vie psychique.
Face à Victor, deux types de questions se posent. D'une part, le sauvage est-il un homme ? Qu’est-ce qu’implique cette idée de sauvagerie ? Et d'autre part, qu’est-ce que l’on fait de lui ? Comment devons nous le traiter ? La philosophie ne peut répondre sur une prise en charge de Victor. Il sort de son champ. On voit bien ici se différencier deux objets.
2.2 La grande réforme de la psychiatrie par Pinel
cf. Michel Foucault - Histoire de la folie à l’âge classique.
Jusqu’à l’âge baroque, le fou a une existence entièrement libre.
Puis, pendant âge classique, la folie, perçue comme un choix non éthique en faveur de la déraison, est liée à l’ordre moral. Pour les classiques le choix raison/déraison engage la volonté donc la responsabilité du sujet. Ainsi dès le début du 17e S., des hôpitaux généraux sont créés dans les anciennes léproseries. C'est la période du grand enfermement, très arbitraire, avec l'idée d’une honte, d’un déshonneur à cacher. Pourtant, dans le même temps, les insensés ont une place particulière ; on les montre comme des bêtes curieuses. Un modèle de l’animalité s’impose et ce sûrement en raison du symbolisme religieux lié à la folie.
Au 19e siècle, une nouvelle conscience morale s’indigne du traitement réservé jusqu’alors aux fous. Elle est portée notamment par Philippe Pinel et son traitement moral de la folie. Pour lui, il faut traiter les fous comme des malades et non comme des coupables. Naissent alors une nouvelle profession, les aliénistes, et un nouvel objet, le soin.
A l’époque on définit les maladies de l’esprit comme des maladies sans fièvres ni lésions. La classification des maladies mentales devient un champ scientifique : la nosographie. Cela pose une question cruciale : quelle est la place de l’organique et du psychique dans la maladie mentale. On initie de nouveaux traitements par la parole et les objets : balançoires pour les hystériques, harmonica pour les nerveux, bains surprises pour les mélancoliques puis viendra la camisole.
C’est grâce à l’enfermement des fous que les médecins ont pu commencer à s’en occuper. Dans le contexte de la médicalisation du traitement de la folie, cette dernière est perçue comme un dysfonctionnement organique et, en conséquence, change de nom : maladie mentale.
Cependant, pour Philippe Pinel, Victor n’est pas fou et ne peut donc être pris en charge par les aliénistes.
2.3 La justice
cf. Michel Foucault, Surveiller et punir
Au 19e siècle, des enquêtes sont menées dans les prisons et amènent une dénonciation des conditions de détention. On mélange les fous et les coupables, certains prisonniers sont attachés d’autres pas. Avec le souhait de sortir de l’arbitraire, on commence à penser les peines autrement.
Avant, avec l'enfermement sur lettre de cachet, certaines personnes passaient des dizaines d’années en prison sans jugement.
En 1810, le nouveau code pénal marque l'entrée dans le système moderne. L’institution judiciaire se transforme ; elle conserve sa fonction de protection de la société mais intègre tant bien que mal l’idée d’une prise en compte du sujet.
Aujourd’hui, l'institution carcérale est toujours confrontés à cette double fonction, mise en tension notamment dans la fonction de conseiller d'insertion et de probation. Cf. Dominique Lhuilier - L’univers carcéral, le choc pénitentiaire : vivre et survivre en prison
Cependant, Victor n’est pas criminel et ne peut donc être pris en charge par la justice.
Ainsi, en ce 19e siècle, émerge l’idée qu’il faut créer un champ à la frontière de la philosophie, de la psychiatrie et de la justice. Un champ qui prend le sujet humain et sa réalité intérieure, psychique, comme objet ; le sujet en tant que tel, ni fou, ni hors la loi.
3. L’histoire
La psychologie ouvre ainsi un nouveau champ celui de l’étude d’une autre réalité, d’une intériorité du sujet avec comme objectif le comprendre et le soigner. La première utilisation du mot date de 1575, puis régulièrement employé au XVIIIe siècle.
On parle de troubles psychiques lorsqu’il y a dysfonctionnement de l’expérience subjective et/ou du comportement indépendamment de tout facteur somatique.
Au 19e Siècle, se pose avec force la question de comment se saisir de cette réalité là puisqu’elle n’est pas visible. La forme (visage, morphologie, crâne) en dit-elle quelque chose ? Comment proposer une méthode scientifique ?
Dès la naissance de la discipline, deux courants s’opposent et créent deux filiations toujours repérables aujourd'hui.
3.1 Le spiritualisme
Courant scientifique, issu de la tradition philosophique et de la métaphysique.
Pour Victor Cousin (1792-1867), la psychologie est fondée sur la philosophie rationnelle et la méthode introspective. « Le champ de l’observation philosophique, c’est la conscience ... La méthode psychologique consiste à s'isoler de tout autre monde que celui de la conscience. » (1826)
Théodore Jouffroy, de l'école éclectique, affirme que la psychologie est prête à devenir une science à part entière "Cette science des faits de conscience, distincte de la physiologie par son instrument et son objet, doit porter un nom qui exprime et constate cette différence ... celui de psychologie, consacré par l'usage nous paraît préférable, car il désigne les faits dont la science s'occupe , par le caractère le plus populaire, qui est d'être attribués à l'âme." (1826). Pour lui, la psychologie est la science du principe intelligent or ce même principe en est l’instrument ; ainsi la psychologie commence dans la conscience de chaque homme.
3.2 Le positivisme et la méthode expérimentale
Courant scientifique, issu de la phrénologie, qui exclut toute métaphysique pour s’en tenir aux faits.
Ainsi, François Joseph Victor Broussais (1772 - 1838), dans une vision matérialiste, prône la supériorité de l'approche physiologique sur la psychologie de l'école éclectique.
Dans son prolongement, Auguste Comte (1798-1857), positiviste, soutient que l’esprit humain doit renoncer à connaître l’essence des choses et se borner à l’observation des faits d’expérience et de leurs relations invariables.
3.3 L'ancrage de la psychologie à l'université
En 1870, Théodule Ribot publie un ouvrage "La psychologie anglaise contemporaine, où il critique la psychologie spiritualiste et promeut une psychologie à caractère scientifique qui a le droit d'exister à côté et en dehors de la philosophie et de se constituer en science autonome. expérimentale
Il soutient le premier doctorat de psychologie scientifique en 1873, affirmant que « la psychologie dont il s’agit ici sera donc précisément expérimentale : elle n’aura pour objet que les phénomènes, leurs lois et causes immédiates ; elle ne s’occupera ni de l’âme, ni de son essence car cette question étant en dehors de la vérification appartient à la métaphysique »
II. Les différents champs de pratiques et de recherche en psychologie
Ci-dessous, il sera question de mettre en lumière le développement des grands secteurs de recherche et la diversification des champs d’application de la psychologie. L'exercice est un peu difficile car ces derniers sont nombreux et peuvent être classés tantôt en fonction de la méthode, tantôt en fonction de l’objet, tantôt en fonction du cadre théorique, tantôt en fonction de la distinction entre recherche fondamentale et applications. Nous assumons ici une présentation originale qui cherche avant tout à rendre lisible tant la diversité des objets que les lignes de forces qui traversent la discipline.

1. La psychologie clinique
La psychologie clinique émane de la séparation de la psychologie tant de la philosophie que de la physiologie. Lorsque la psychologie sort du champ de la philosophie pour devenir une discipline à part entière, enseignée à l’université, elle se construit d'abord par une forte imprégnation des sciences dures, surtout la biologie.
Les tenants de l'approche clinique cherchent donc à se dégager de cette direction "positiviste" en mettant en avant une position antagoniste quant à la position du chercheur, aux visées poursuivies et à leur rapports avec la pratique, voire aux méthodes et à leur agencement dans le temps" (cf. André Levy). Théodule Ribot en est le précurseur ; il ancre la psychologie dans l'observation du vécu affectif et accorde la primauté aux tendances partiellement inconscientes du comportement qui jouent un rôle capital dans la vie psychique.
Ainsi, la psychologie clinique découle avant tout d'une méthode, la méthode clinique, d'analyse des faits par l'observation de la vie psychologique et de la psychopathologie.
Dans le paradigme clinique, l’homme n’est pas un objet comme un autre et les sciences de l'homme ne peuvent donc pas se réduire à une visée d'explication causale, reposant sur l'administration de la preuve. Pour Daniel Lagache, le projet de la psychologie clinique consiste "à envisager la conduite dans sa perspective propre, relever aussi fidèlement que possible les manières d'être et de réagir d'un être humain concret et complet aux prises avec une situation, chercher à en établir le sens, la structure et la genèse".
La psychologie clinique est d’abord une rencontre d’un sujet singulier dans un espace particulier de souffrance et de demande. Par cette demande particulière le psychologue est lui-même engagé dans la rencontre et ne saurait occulter la part qu’il prend à l’expression du sujet qu’il reçoit en fonction de ses compétences supposées. C'est avant tout une position éthique supposant "que la recherche de sens - visée de tout travail clinique - ne peut faire abstraction du sens que donnent les acteurs à leur propre histoire et à ses aléas" (Robinson, 2005)
2. La psychopathologie
La psychopathologie précède d’un siècle environ la psychologie clinique. Elle correspond à l’étude des maladies mentales et des troubles et dysfonctionnements de la personnalité avec une visée diagnostique et thérapeutique. Elle représente donc à la fois :
- Une classification des troubles mentaux,
- Des théories du fonctionnement psychique qui cherche à comprendre l'origine et les modalités de manifestation des troubles en articulation aux réponses soignantes à apporter à ceux qui en souffrent,
- Une discipline partagée entre psychiatres et psychologues où les aspects psychologiques doivent nécessairement cohabiter avec d'autres niveaux, notamment biologiques et cognitifs.
La psychopathologie vise ainsi à donner du sens aux troubles mentaux, raison pour laquelle elle ne peut exister indépendamment d'un système explicatif, d'une théorie, cherchant à dire pourquoi et comment les désordres mentaux se manifestent? Il existe ainsi plusieurs systèmes explicatifs, plusieurs psychopathologies (psychanalytique, phénoménologique, systémique, attachementiste, cognitive, biomédicale, humaniste, etc.) auxquelles les praticiens du soin psychique peuvent se référer. Certains revendiquent même d'en associer plusieurs dans une approche dite intégrative.
Dans cette pluralité de modèles, certains sont processuels ou développementaux, d'autres structuralistes. Leur diversité témoigne à la fois de l'impossibilité à réduire la complexité du fonctionnement psychique à un système théorique globalisant et de la difficulté à isoler le travail scientifique d'enjeux politiques et sociaux. En effet, cette question du sens de la maladie mentale et du trouble psychique se pose tant pour les personnes qui souffrent de ces troubles, que pour leur entourage mais aussi pour les soignants qui doivent ensuite, selon leurs affiliations théoriques, prodiguer des actions à visée thérapeutique auprès des malades.
Quand on comprend combien la demande sociale faite à la psychiatrie est de faire taire les symptômes, il apparait indispensable d'associer une réflexion éthique à l'évaluation clinique quant à l'efficacité des traitements. Pour mener à bien ces débats, il est nécessaire de garantir la coexistence de praticiens ayant des sensibilités différentes au sein des institutions de soin afin que, dans une approche complémentariste, ils puissent confronter leurs visions.
Au sein de la plateforme Arbor&Sens, nous nous inscrivons résolument dans une filiation en psychosociologie clinique psychanalytique ; ainsi vous pouvez suivre les liens vers une introduction à la psychanalyse et une introduction à la psychopathologie pour approfondir vos connaissances à l'intérieur de ce référentiel théorique.
3. La psychophysiologie
La psychophysiologie est la science qui décrit les mécanismes physiologiques qui déclenchent et contrôlent les comportements des animaux, plus particulièrement de l’homme. Elle est née de l’intérêt de comprendre les comportements en examinant leur support biologique. Son objet est de mettre en relation les processus psychiques, cognitifs et les comportements avec des phénomènes biologiques. Aujourd’hui la psychophysiologie appartient au champ des sciences cognitives.
Née au début du XIXe siècle, sous l’impulsion de l’électrophysiologie, la psychophysiologie va s’appliquer, au cours des deux siècles suivants, à identifier les réponses physiologiques pouvant être utilisées comme indices pour appréhender les différents comportements. Comme son nom l’indique, elle se situe au carrefour de deux sciences : la psychologie, en tant qu'étude du comportement et des activités d’un individu dans son environnement, et la physiologie qui est l’étude des mécanismes biologiques qui permettent à un individu de se maintenir en vie. A ce titre, elle entretient un lien tout à fait privilégié avec la biologie.
La psychophysiologie repose sur deux postulats : il existe un lien entre corps et psychisme et l’homme est du temps accumulé.
La psychophysiologie s'intéresse ainsi notamment aux mécanismes réflexes et aux sensations, à l'étude du sommeil, aux mécanismes de régulations internes (système nerveux et hormonal) et à la pharmacodynamie (étude des principes actifs menant à des modifications comportementales).
Elle s'appuie sur une méthodologie expérimentale reposant notamment sur des recherches comparées en appui sur des modèles animaux, ou des recherches cliniques en psychopathologie et neurochirurgie ou des tests comparatifs chez des sujets sains et des sujets souffrant de diverses pathologies (paradigme lésionnel). Cela permet de rassembler des faisceaux d’arguments avec éventuellement des liens de cause à effet.
L’avènement de l’imagerie fonctionnelle, permettant à partir d’indices physiologiques d’interroger directement le cerveau, focalise désormais l’attention sur ce que l’on nomme les « neurosciences comportementales » ou « neuropsychophysiologie », c’est-à-dire l’étude des mécanismes neurobiologiques des comportements.
4. La psychologie cognitive
Depuis les années 1950, la psychologie cognitive émerge avec pour objet l'étude des grandes fonctions psychologiques de l’être humain avec la finalité de dégager des lois générales de la pensée. Le terme de cognitif renvoie à la cognition (cognitio = connaissance, action d’apprendre). Jean Piaget, Noam Chomsky et Alan Turing, ont contribué aux fondements de la psychologie cognitive. Piaget, par exemple, a étudié les étapes du développement cognitif chez l’enfant, tandis que Chomsky a initié le courant de la linguistique cognitive.
Le but de la psychologie cognitive est de comprendre l’acquisition, l’organisation et l’utilisation de nos connaissances, soit l'ensemble des processus par lesquels l’individu acquiert des informations sur son environnement. Ces grandes fonctions psychologiques recoupent la mémoire, le langage, l'intelligence, le raisonnement, la prise de décision, la résolution de problèmes, la perception, l'attention... Le terme de connaissances est donc à prendre au sens large.
Historiquement, la psychologie cognitive fut précédée par le béhaviorisme (étude du comportement), une approche qui se concentrait uniquement sur les comportements observables. Ce fut une impasse car la psychologie perdait alors son objet. Cette psychologie, dite parfois générale, ou expérimentale - en rapport à sa méthodologie - a donc évolué ensuite grâce notamment à l'apport de la Gestalt ou psychologie de la forme, puis aux avancées en informatique et en neurosciences.
Elle s'appuie sur la méthode expérimentale (observation des faits, formulation des hypothèses, expérimentation, interprétation des résultats), pour étudier les processus de pensée de l'homme et permet une meilleure compréhension des difficultés cognitives en lien avec des pathologies neurologiques et la mise en place des stratégies mnémotechniques ou de compensation pour pallier certaines difficultés notamment d'apprentissage. La psychologie cognitive a ainsi ouvert la voie au développement des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et à des prises en charge rééducatives (orthophonie, psychomotricité…).
5. La psychologie du développement
La psychologie du développement a pour objet l'origine, l'évolution et l'involution de l’être humain dans ses aspects cognitifs, sociaux et affectifs. Elle s'est ainsi développée dans diverses directions en écho aux lignes de tensions précédemment décrites entre approche positiviste, expérimentale et comportementale d'un côté, approche empirique, clinique et psychanalytique de l'autre. Elle reste dans les deux cas très en lien avec la biologie et notamment la théorie de l’évolution.
Dans ces aspects cognitifs, et donc au carrefour avec la psychologie cognitive présentée ci-dessus, elle a notamment donné lieu à l'essor de la psychologie génétique, initiée par Jean Piaget. Cette dernière repose sur le postulat méthodologique selon lequel la nature de bon nombre de réalités psychologiques, y compris les notions par lesquelles le sujet organise ou conçoit le réel, peut être clarifiée par l’étude de leur psychogenèse, postulat lui-même basé sur l’hypothèse selon laquelle la réalité considérée, par exemple la pensée logique de l’adulte, est le résultat d’une genèse. Jean Piaget a ainsi proposé la première modélisation du développement de l'intelligence de l'enfant en 4 stades de 0 à 16 ans et en 6 sous-stades de 0 à 2 ans.
La psychologie génétique se distingue de la psychologie de l’enfant dans la mesure où cette dernière se donne pour objet l’enfant en tant que tel. Les relations entre ces deux disciplines sont pourtant étroites, dans la mesure où la seconde peut se poser des problèmes dont la solution requiert la première ; par exemple, les caractéristiques de la pensée de l’enfant de trois ans apparaissent d’autant plus clairement qu'on les compare avec celles d’enfants d’âge différent; de plus, aussitôt tracé le portrait de l’enfant âgé de trois ans, des questions se posent qui relèvent de la psychologie génétique.
Sur le plan du développement affectif, au cours de la formalisation de sa théorie sexuelle infantile Freud propose également un modèle du développement pychosexuel en 5 stades. Ce dernier reste à ce jour une référence majeure, parmi bien d'autres conceptualisation psychanalytiques.


6. La Psychologie sociale
La psychologie sociale a pour objet l'étude des relations interpersonnelles, intergroupales et des rapports entre l’homme et la société qui l’entoure.
Elle s'est développée autour de cinq grands champs de recherches:
- la socialisation
- les relations interpersonnelles
- le groupe
- les institutions et les organisations
- les masses et les foules
Elle est aussi traversée par la tension entre modèle expérimental/modèle clinique
Née fin XIX, avec Tarde et Le bon. L’émergence de cette discipline correspond à l’entrée dans une nouvelle ère économique et sociale.
7. La psychologie inter et transculturelle
A construire
III. Place de la psychologie dans l'horizon des sciences
Dotée d'un objet frontière et d'une identité hybride, la psychologie reste une discipline controversée de l'épistémologie et de la méthodologie des sciences et dans la diversité des systèmes théoriques qui la traverse, sa place dans l'ordre des connaissances est probablement la plus discutée.
D'un côté, la psychologie peut être perçue comme une discipline de transition ou de lien entre les sciences physiques et biologiques d'une part, et d'autre part les sciences historiques et symboliques. Piaget (1966, p. 253) dit ainsi «é prouver quelque fierté quant à la position clef qu'occupe la psychologie dans le système des sciences ». D'une part, explique-t-il, la psychologie dépend des autres sciences, puisqu'elle considère que la vie mentale est Ie produit des facteurs qu'elles étudient : mais d'autre part, aucune de ces sciences n'est possible sans une «coordination logico-mathématique qui, loin d'être innée, se construit à travers les activités de l'organisme sur les objets - activités dont la psychologie seule étudie le développement.
D'un autre côté, certains se dressent contre le psychologisme. Edmund HusserI notamment exprime que, si la délimitation conceptuelle exacte du domaine d'une science ne détermine pas en principe son élaboration et sa fécondité, elle peut avoir des répercussions importantes sur la marche de la science elle-même (HusserI, 1990, Introduction, §2).
- la question de la scientificité de la psychologie et des différents systèmes théoriques qui la constitue continue à faire débat
notamment pour la psychologie clinique et la psychanalyse quant auxconditions de réfutation
Conclusion
La psychologie est le champ scientifique qui a pour objet l’étude du psychisme. Mais le terme de psychisme n’est pas si simple à définir. De quoi s’agit-il ? D’une intériorité ? Lorsque cette idée s’impose aux penseurs un nouveau champ est né
La question est alors : Comment atteindre cette intériorité ? De quoi s’agit-il ? Comment se constitue-t-elle ? Le corps en révèle-t-il quelque chose ? Le comportement, le discours, les attitudes ? Dois-je aller la chercher en moi ? Ces hésitations expliquent les différents objets, la diversité des méthodes et des approches en psychologie, l'émergence de sous-disciplines.
La psychologie est hétéroclite, diverse et pleine de contradictions car elle traduit des tentatives nombreuses pour atteindre cette réalité autre, pour en comprendre la nature et l’origine. Elle se trace une voie à l’intérieur des sciences humaines et en lien avec chacune d’entres elles.
La psychologie questionne et si elle se risque à établir des corrélations, à émettre des hypothèses, elle ne saurait répondre à tout. Entre inné et acquis, dedans et dehors, les questions demeurent et traversent ce champ. Les attitudes expertes ne doivent pas nous faire oublier que la psychologie est un espace ouvert où entre nature et culture, sauvagerie et socialité, poussées organiques et influence du milieu, se constitue le sujet .
Plus qu’un ensemble d’explication, la psychologie est un espace de rupture. Les théories, les concepts, les grilles d’analyse qu'elle propose doivent être questionnées et non assimilées.
Bibliographie
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Pour aller plus loin
1. Pour entendre des représentants des deux grandes approches discuter la scientificité des différents modèles en psychologie :
VIDEO Youtube ULB TV - Ph. Bernard - Psychologie dans ses rapports avec les sciences sociales, partie 2
VIDEO Youtube À bon entendeur La psychanalyse est-elle une science ?
2.
VIDEO Youtube SFPEADA - Jean-Yves Chagnon La psychopathologie
Thinès G. Horizons et impasses de la psychologie actuelle. Réflexions sur quelques ouvrages récents. In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, tome 59, n°61, 1961. pp. 92-109.