Fragilités psychiques et déliaisons
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Vers une psychopathologie sociale
L’humanité implique le social et le culturel. C’est en effet en groupe que l’être humain élabore des règles et des valeurs et les véhicule. Et ces dernières sont importantes, fédératrices, rassurantes… Le lien social est étudié à la fois par le prisme des processus d'interactions précoces qui permette au sujet d'y accéder mais aussi en se penchant sur les conditions spécifiques de l'environnement dans lequel les sujets se développent.
Les structures collectives ont pour but de soutenir les individus et de leur proposer lorsqu’ils s’intègrent à un groupe, participent à des modes de gestion portés bien au-delà d’eux. Elles sont un support d'étayage.
La psychopathologie sociale met en exergue le rôle du contexte social, dans l'émergence des troubles mentaux.
Le contexte culturel génère certains types de fonctionnements en fonction des normes et des valeurs dominantes qui déterminent notamment les modèles éducatifs, les positionnements des parents et le rôle des institutions dans le développement de l’individu (famille, école…)
C’est ainsi que l’on repère des variations de la psychopathologie en fonction des périodes et des lieux.
Penser la précarité
Le vocable, précarité, a envahi jusqu’à le saturer notre imaginaire social. Il mérite d’être interrogé. En effet, témoigne-t-il d’une réalité matérielle effective ou d’une construction imaginaire majoritairement partagée dans nos espaces intersubjectifs ? Bien que nous n’ayons pas la prétention de répondre de façon exhaustive à une question d’une telle complexité ici, nous pouvons tout de même avancer plusieurs points.
« Les mots précaire et précarité ont une longue histoire. Depuis son étymologie qui lui prête la même origine que prière, le latin precarius, le mot précaire a connu de multiples acceptions […] On sait que derrière la vieille idée d’une chose obtenue par prière l’acception moderne de précarité renvoie principalement à ce dont l’avenir, la durée, la solidité n’est pas assurée, à ce qui est instable et incertain, à ce qui est court, fugace ou fugitif, voire à ce qui est délicat et fragile. » (Cingolani, 2006, p. 3) « C’est aussi – et plus littéralement – ce qui est sujet à révocation […] de fait, ce qui est révocable introduit une incertitude sur le présent et l’avenir » (Assoun, 2005, p. 8-9).
La précarité s’installe ainsi tel un scénario inscrivant le sujet, en identification à sa structure d’appartenance, « dans un vécu subjectif de préjudice dont il s’éprouve victime » (Assoun, 2005, p. 8-9).
Ainsi, les vécus de précarité sont à penser indépendamment de la réalité d'une pauvreté matérielle et économique et d'une exclusion sociale comme relevant d'une forte appréhension quant au maintien dans le temps d'une place et d'un statut social.
Hypermodernité et perte d'étayage institutionnel
L'hypermodernité a porté avec elle un remodelage très important de nos rapports aux institutions.
Jusque dans les années 50, les institutions (famille, travail) garantissaient le maintien d’un cadre stable et donc les places, rôles et fonctions de chacun dans un système donné.
Ce modèle considéré parfois « rigide », a été profondément remis en cause. Le modèle individualiste apporte une plus grande marge de manœuvre, une liberté d’action plus importante à l'individu mais en même temps un risque de dispersion important. Là où le collectif pouvait protéger, l’individualisation semblerait rendre plus difficile le maintien des repères.
Ces évolutions ont bien évidemment de nombreuses répercussions dans la façon dont les sujets s’inscrivent dans des relations aux autres et dans la société. L’individu tourné sur lui-même à plus de difficulté à s’ouvrir et à accepter l’autre, dans sa différence. Les liens sociaux en sont fragilisés. On constate une montée des angoisses existentielles.
D’autant plus que, durant cette plus longue période de sa vie, le sujet ne navigue pas en mer plate, sa route est jalonnée de nombreuses étapes, souvent à l’origine de changements profonds, avec lesquels il doit composer, chacun réagissant à sa façon….
L'exclusion sociale en question
Selon Alexandre Vexliard, dans son livre « le Clochard », l’exclusion sociale est le fruit d’une succession de ruptures de liens : de travail, économiques, affectifs, familiaux, mais également de ruptures des lieux.
La représentation sociale de l’exclu et de l’exclusion conduit à une perception dépréciative, déqualifiante, et disqualifiante des sujets. Traditionnellement les clochards sont perçus comme responsable de leur situation, arrogants, inutile, voir nuisibles. Pour VEXLIARD, ces représentations procèdent des mêmes organisateurs, c'est-à-dire le culte de l’individu et le culte du travail. L’exclu est alors pensé à partir de ces 2 organisateurs.
Il définit l’exclusion comme « un symptôme caractéristique d’un état de désocialisation qui sépare l’individu de son groupe, de ses groupes, et des individus » (1957)
Cette atteinte du lien produit des effets sur la personnalité du sujet, et notamment la perte de tout espoir et de toute illusion. L’exclu est celui qui n’attend plus rien. De même, la désocialisation, rupture des liens, conduit à ce qu’il n’ait plus de passé.
La vie sociale et culturelle provoque le mépris et l’exclusion de ceux considérés trop différents. Seul une activité de distanciation par rapport aux normes que l’on a intégrées depuis l’enfance peut permettre de ne pas être dans des jugements de valeurs trop violents à l’égard d’une population qui subie un rejet massif de la société.
Ainsi l’exclusion se fait dans l’espace et dans le temps. C’est une défense de survie afin de ne pas souffrir.
Depuis le travail de Vexliard, nombre de recherche ont été menées tant sur les mécanismes d'exclusion sociale que sur les incapacités de nos modèles sociétaux à accueillir et intégrer les marginaux, générant précarité et exclusion.
Les travaux de Alain-Noël Henri sur la mésinscription nous apparaisse essentiel pour penser dans toute leur nuances les articulations psycho-sociales engagées dans ces mécanismes.
Bibliographie
A venir
Pour aller plus loin
PODCAST RADIOFRANCE - Série « Comment se tissent les liens entre nous ? » Épisode 1/4 : Que nous raconte l’isolement social ?