Le groupe - Approche psychanalytique
Sommaire
Eléments de contenu
1. Freud et le groupe
Freud, particulièrement connu pour sa théorie psychanalytique individuelle, porte un éclairage particulier sur les phénomènes sociaux en étudiant notamment en 1923 dans Psychologie collective et analyse du moi (présenté dans les essais de psychanalyse) deux formes d’organisations collectives qui sont l’Eglise et l’Armée. Il explique leur fonctionnement par l’existence de relations affectives entre les membres et le chef et entre les membres eux-mêmes. Plus tard, il s’intéressera aussi à la culture et à ses fondements.
Pour Freud, les phénomènes liés à la vie collective ne sont ni spéciaux ni irréductibles aux autres phénomènes psychiques. Par contre il existe une opposition entre les actes psychiques narcissiques et sociaux à l’intérieur de la psychologie individuelle.
Sa thèse est qu'on peut appliquer le concept de libido à la psychologie collective et que les relations amoureuses forment également le fond de l’âme collective.
Pour le démontrer, il s'appuie sur l'étude de l'église et de l'armée, qu'il nomment "foules".
Il suggère que dans les deux cas, chaque individu est rattaché par des liens libidinaux au chef et aux autres membres composant la foule. Les liens affectifs solides qui rattachent les individus permettent d’expliquer les modifications et limitations de la personnalité individuelle.
Il se demande ensuite de quel nature est cet attachement libidinal ?
Hypothèse 1 : Dans la foule, l’un des phénomènes à l’œuvre est l’identification
« Une formation collective est caractérisée avant tout par l’établissement de nouveaux liens affectifs entre les membres de cette formation » sinon il y aurait davantage d’agressivité
Ce phénomène, à l’œuvre dès l’Oedipe, une des premières manifestations d’un attachement affectif. « Le moi cherche alors à se rendre semblable à ce qu’il s’est proposé comme objet » page 128. (Différence entre identification au père et attachement sexuel pour la mère).
Lorsque l’identification est partielle, le moi se borne à emprunter à l’objet un seul de ses traits. Une identification secondaire se produit, lorsque se manifeste une analogie du moi avec le moi de l’autre sur certains traits : c’est de là que nait la sympathie.
Hypothèse 2 : « cette communauté affective est constituée par la nature du lien qui rattache chaque individu au chef » page 130
Idéal du moi, partie du moi n’ayant pas subit l’identification. Sa fonction est l’observation de soi, la conscience morale, la censure des rêves. Dans l’état amoureux, l’objet cherche à remplacer un idéal que le moi veut incarner donc aimer sert à satisfaire son narcissisme. Le moi s’appauvrit en s’effaçant devant l’objet. A l’inverse, dans l’identification, le moi s’enrichit de l’objet. Dans les deux cas l’objet est introjecté, mais le sort qui lui est fait est différent. « Les tendances sexuelles déviées de leur but créent entre les hommes des liens plus durables » car ne provoquent pas de satisfaction totale.
Une foule primaire se présente comme une réunion d’individus ayant tous remplacé leur idéal du moi par le même objet avec pour conséquence l’identification de leur propre moi.
2. L’école kleinienne : Bion et Jaques
Les pionniers ont été formés à la tavistock, donc courant psychanalytique anglais.
Bion a participé aux travaux de la tavistock avec approche psychanalytique des groupes à visée thérapeutique et psychanalyse socio-clinique.
W.R. Bion établit que le comportement d’un groupe s’effectue à deux niveaux : la tâche commune et les émotions communes. Suite aux travaux de M. Klein, il postule que son analyse des processus archaïque chez l’enfant est analogue à ceux qu’on retrouve dans les groupes. Il repère deux niveaux dans le fonctionnement d’un groupe : le niveau des processus psychiques primaires et le niveau des processus psychiques secondaires.
Le second niveau est conscient : les tâches à effectuer, la perception, le jugement, le raisonnement. Le groupe est centré sur les tâches, les règles, la distribution des tâches ….
Le premier : groupe de base ou irrationnel est basé sur la vie émotionnelle inconsciente du groupe. Bion parle de Mentalité de groupe (qui représente une uniformité dans le désir et la satisfaction de la pulsion, contrairement aux activités du niveau rationnel du groupe, qui peut accepter la diversité des opinions)
Les membres du groupe se combinent instantanément et involontairement pour agir selon des états affectifs : la dépendance (protection d’un leader); le combat-fuite (refus de la dépendance au leader) et l’assemblage combat -fuite (formation de sous-groupes).
Les trois présupposés de bases :
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Dépendance : protection du leader recherchée (relation mère nourrisson) le meneur doit assumer l’angoisse et l’anxiété du groupe.
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Combat ou fuite : le groupe se réunit pour lutter contre un danger : pour attaquer ou fuir. Le leader est agressé
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Couplage : apparition de sous groupe, clivage H/F, vieux/jeunes….
Il est parfois nécessaire de prendre le temps de traiter de l’irrationnel afin de retrouver les capacités d’élaboration car le niveau émotionnel s’il n’est pas traité peut envahir totalement la vie du groupe.
Eliot Jaques est le 1er théoricien d’intervention en institution en socio-clinique, inventeur de l’approche socio-clinique.
3. L’école française
Anzieu démontre qu’il existe un imaginaire en commun dans les groupes, autrement dit que ce qui est véhiculé dans un groupe ce n’est pas seulement des savoirs, des points de vue basés sur le réel, c’est aussi un imaginaire, une réalité interne qui diffère de la réalité extérieure. « Le groupe, c’est la mise en commun des images intérieures et des angoisses des participants. »
Il y a dans le groupe des relations imaginaires qui sont à la base de son fonctionnement. Cet imaginaire commun ne correspond pas aux faits réels car il repose sur des fantasmes et des angoisses que cette situation de groupe implique inévitablement. Angoisse de morcellement, angoisse persécutive amène à produire des images : groupe/corps, groupe/machine, imago maternel… Un groupe sans imaginaire commun n’existe pas.
Cet imaginaire partagé permet la cohésion du groupe ou au contraire la rend défaillante, et de cela dépend l’atteinte du but visé par un groupe. Cet imaginaire peut inhiber l’action du groupe s’il est négatif ou le faire progresser s’il est positif. On peut dire qu’il faut que l’imaginaire ne soit pas trop en décalage avec les objectifs réels pour que le groupe ait une chance de les atteindre.
Pour René Kaës, les groupes humains sont des constructions qui ne peuvent s'élaborer en réalité sociale qu'en s'alliant à des formations psychiques originales : les organisateurs internes de la groupalité possèdent des propriétés à produire et à régir certains processus de groupe. II en résulte que la personnalité est une groupologie, du moins dans certaines de ses structures, et que le groupe est une construction tributaire des organisateurs psychiques. II apparait aussi que le fonctionnement des groupes repose sur une tension dialectique entre la tendance à construire le groupe comme isomorphe à la groupalité psychique, et la tendance à laisser jouer les processus sociaux spécifiques de la réalité sociale.
Bibliographie
Anzieu D., Le Groupe et l’Inconscient, Paris, DUNOD, 1999 (1ère éd. 1975).
Anzieu Didier et Enriquez Eugène (Dialogue) — La rencontre du groupe, Groupes, Revue française de psychanalyse, 1999.