L'observation
Techniques et positionnement
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L’observation est au cœur de votre métier. Les attendus en terme de validation pour votre diplôme le montre bien.
L’observation est à la fois processus, action, méthode et résultat. Observer ce n’est pas qu’une technique de recueil de données. C’est aussi l’organisation de leur restitution et leur analyse.
Soit on pense que la technique peut nous permettre de contrôler et on vous donne des recettes pour devenir de "bons observateurs" soit on accepte que ça nous échappe et on se pose la question ensemble de qu'est-ce que c'est qu'observer, qu'est-ce que c'est qu'une technique et comment on se dépatouille de tout ça.
L’enjeu est de réussir à objectiver des faits tout en reconnaissant qu’en tant qu’observateur on est nécessairement attrapé par sa propre subjectivité. Il vous sera notamment plus ou moins facile de vous dégager d’une position de jugement or c’est un enjeu majeur. Notre travail sur l’observation inclura donc tout un travail sur l’implication.
Cet axe nous permettra également de continuer à articuler le terrain à la théorie.
I. Qu’est-ce que l’observation ?
Définition
Observer s’appuie sur l’attention particulière portée/accordée, de l’extérieur à quelque chose, à quelqu’un ou à une situation en le transformant en un objet (d'observation).
L’acte d’observation commence par le regard, la perception fine d’un individu dans une situation, une concentration de l’activité psychique sur un objet particulier qu’elle distingue, donc coupe, de l’ensemble. Cela suppose l’utilisation des 5 sens et pas seulement de la vue. Le regard y occupe une place privilégiée même si c’est la sensorialité dans sa globalité qui est sollicitée. Cela pose la question du regard dans la culture. Les propos tenus, les ressentis de l’observateur peuvent également faire l’objet de l’observation. Ajoutons les observations temporelles : mesure du temps de réaction, des silences.
« On observe lorsque l’on constate des faits tels qu’ils se présentent spontanément ».
Comment différencier observation et perception
La perception = activité de prise sur le réel, est déjà une activité. On n’accède jamais directement au réel on le construit. Mais la perception n’implique pas contrairement à l’observation une attention suivie. Le processus d’observation requiert :
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Un acte d’attention qui élargit ou focalise la perception sur certains objets ou aspects de ces objets.
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Un acte « cognitif » : dans le champ perceptif qui s’offre à lui, l’observateur sélectionne un petit nombre d’informations pertinentes. Ce mécanisme de sélection opère en référence à l’expérience antérieure
De plus, l’observation est à la fois processus, action, méthode, et résultat ; il faut donc s’intéresser aussi aux phénomènes, pour décrire, étudier et expliquer ses observations.
Pourquoi observer ?
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Recueillir de l’information
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Accéder à de nouvelles connaissances
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Aller vers le réel pour découvrir une nouveauté au-delà de ce qui se présente comme le déjà connu
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Alimenter sa pensée
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Créer de nouveaux savoirs
II. Pourquoi est-il si difficile d’observer ?
Les biais de perception
La perception construit et invente le réel au fur et à mesure qu’elle le découvre donc transforme la réalité. Ainsi, la perception provoque des distorsions : illusions d’optique.
Les effets de l’observateur sur l’observé
L’observateur impacte la situation et la situation impacte l’observateur. L’observateur fait partie du système. L’intérêt porté déjà modifie comportement (même avec glace sans tain ou caméra). Par exemple l'observé pourra chercher à percevoir les attentes de l'observateur et à tenter d'y répondre.
Toute observation engage la subjectivité de celui qui observe
L’observation convoque nécessairement la subjectivité du sujet qui observe autant que sa faculté à porter de l’attention ou à percevoir. Autre difficulté spécifique aux sciences de l’homme : identification à l’objet car homme observe homme.
« La quête du sens d’un phénomène auquel l’observateur peut lui-même s’identifier engage la subjectivité même de l’observateur »
III. Différentes méthodologies de l’observation
Observation libre ou non armée
En tentant de relever tout ce qui est potentiellement signifiant, elle permet une première approche du terrain. Mais attention : même l’observation libre recèle
des hypothèses au moins implicites et il est donc important de travailler à les expliciter.
Observation armée ou systématisée
On définit des critères d'observation (éléments considérés signifiants d'une thématique) qui seront répertoriés sur une grille d'observation administrée systématiquement. L’observation armée serait plus scientifique c’est-à-dire permettant de parvenir à des résultats reproductibles, généralisables et formalisable.
Risques :
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Perte de richesse car réduction du champ.
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« des procédures d’observation trop rigides déforment le contenu même de l’observation recueillie et détourne l’observateur de faits importants et significatifs dont l’apparition n’était pas prévue par le dispositif utilisé »
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L’observateur utilisant des techniques et outils pour rendre négligeable son influence (le plus extérieur possible à la situation, se faisant oublier) peut se leurrer quant aux possibilités réelles d’objectiver des faits.
Observation clinique
En sciences humaines, on ne peut procéder comme dans les sciences physiques ou naturelles car l’observateur est l’instrument de l’observation et qu’il a donc une structure est analogue à l’objet qu’il essaie d’étudier. Cela entraine un véritable changement de paradigme : De la recherche de vérité à la recherche de sens. C’est la place même de l’observateur qui change lorsque l’on change les postulats sur lesquelles la méthode repose. Clinique = changement de position, au chevet, à coté de, avec. Le travail d’objectivation passe alors par l’analyse des biais du travail d’observation, c’est-à-dire notamment par l’analyse de sa subjectivité.
Observation participante
L’inter-influence observateur/observé dévient un véritable instrument. Le contexte est inducteur, il génère des conduites comme nous l'avons vu ; l'immersion permet d'en appréhender les résonnances de l’ « intérieur ».
IV. Les enjeux du travail d’objectivation
Délimiter un champ et fixer un cadre
Observer = collecter des données or le réel est trop complexe pour être saisi en globalité donc ça implique des choix (réduire le champ, sélectionner les infos). Définir les conditions de l’observation = définir les critères dans les choix de faits relevés afin de contenir le travail d’attention et saisir les variables présentes.
La valeur scientifique relève donc davantage du travail effectué pour expliciter ses hypothèses que de la méthodologie elle-même. (Bien sûr il y a toujours de l’inconscient) Sans hypothèses impossible de communiquer sur les résultats de son observation car communication implique l’utilisation d’un système conceptuel dont la structure s’impose à l’observateur comme un cadre antérieur à l’observation. Cela relève aussi d’un souci éthique.
Interpréter l'information
Cela implique le rapport au théorique, car on ne peut donner du sens quand modélisant, formalisant, théorisant, construisant. Toute observation est toujours guidée par la théorie dont elle présuppose l’existence. Il s’agit là encore d’instruments.
Ainsi, la valeur accordée à l’interprétation est importante. « L’observation clinique permet l’émergence d’un sens « potentiel », d’une actualisation dans « l’ici et le maintenant » de la relation avec le clinicien, d’un sens inscrit. Il ne s’agit pas de découvrir ce qui organise le réel mais d’en actualiser les possibles. » Ciccone (1998)
Travailler son implication
L'observation est traversée par des positions théoriques et idéologiques, par des phénomènes identificatoires, des mouvements contre-transférentiels...
Il est indispensable de l’appuyer sur un groupe de pairs pour mener à bien ce travail de distanciation.

Les instruments de l’observateur
« L’instrument d’observation est un moyen de coder l’information recueillie afin de la mettre sous une forme qui facilite son emploi, qui lui confère une valeur heuristique plus grande ». Il existe des instruments de recueil, de standardisation ou de classification.
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Recueil direct ou utilisation d’appareils
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Photos, Vidéo, Audio
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Prise de notes, utilisation de grilles
Ce travail permanent qui fera l'objet des ateliers méthodologiques proposés en cours de formation.
L'appui du groupe sera précieux.
L'exercice d'écriture est lui aussi crucial pour organiser ce travail d'élaboration.
Pour plus d'informations à ce sujet, consulter la fiche thématique "Élaborer un écrit analytique
Bibliographie
Ardoino, Jacques . "L'implication" in Les Avatars de l'éducation: Problématiques et notions en devenir, 2000, Paris cedex 14, France: Presses Universitaires de France. doi:10.3917/puf.ardoi.2000.01.
Ciccone, Albert. « L'observation clinique attentive, une mÉthode pour la pratique et la recherche cliniques », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, vol. 63, no. 2, 2014, pp. 65-78.
Cyrulnik Boris, L'attitude éthologique in Sous le signe du lien, 1989, Hachette.
Devereux Georges, De l'angoisse à la méthode dans les sciences du comportement, Paris, Flammarion, 1980 [1967 pour l'édition originale en anglais], 474 p. Ed.: Aubier Montaigne, 1998, ISBN 2-7007-2186-1
Gimenez Guy, Barthélémy Sophie. Le temps de la prises de notes : Propositions d’une méthode de notation dans les groupes cliniques. Revue de psychothérapie Psychanalytique de Groupes, ERES 2011, Le psychodrame psychanalytique à l’épreuve du temps 1 (56), pp. 171 - 185 <https://www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2011-1-page171.htm>. <10.3917/rppg.056.0171 >. <hal-01385277>
Guillaume Paul « La perception des objets dans la Gestalt-théorie » in Le NY J.-F., GINESTE M.-D., La psychologie, 1995, Paris, Larousse, coll. « Textes essentiels »
Lapassade, Georges. « Observation participante », Jacqueline Barus-Michel éd., Vocabulaire de psychosociologie. Références et positions. ERES, 2016, pp. 392-407.