Rôles, statuts, fonctions et places
Sommaire
I. De la nécessité de différencier des fonctions
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Qu’est-ce qu’une fonction ?
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La différenciation fonctionnelle dans les organisations
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Principe différenciateur et ordre symbolique
II. Fixer les différences en conférant des statuts
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Définir la notion de statut
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Statuts et privilèges
III. S’approprier ses rôles
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Le rôle, entre singularité et conformisme
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Les conflits de rôle
IV.Négocier sa place
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La notion de rapport de place
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La place, entre prescription et conquête
Eléments de contenu
I. De la nécessité de différencier des fonctions
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Qu’est-ce qu’une fonction ?
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La différenciation fonctionnelle dans les organisations
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Principe différenciateur et ordre symbolique
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Fiche de poste et définition de fonctions
La fonction est une activité non spontanée fixée d’avance par détermination sociale, dans un ensemble d’autres activités sociales.
La fonction est donc également définie comme les résultats permanents attendus d’un poste ; "Permanents" signifie que, quelle que soit la situation, ces résultats doivent être présents. Ils sont, en quelque sorte, la raison pour laquelle la fonction doit exister dans l'organisation. Ainsi une définition de fonction, qui généralement complète un organigramme, définit les objectifs permanents, les responsabilités et devoirs, les tâches principales, les compétences et moyens mis en œuvre et les relations tant hiérarchiques qu'opérationnelles liées à la fonction d'un membre du personnel ou d'une catégorie de membres du personnel d'une organisation dans l’exercice d’une charge, d’un emploi, d’un poste. Acte, le plus souvent écrit (ou qui devrait l'être), qui précise les conditions de travail, les objectifs, les missions et les moyens attachés à un poste de travail donné, elle est en général inscrite au contrat de travail avec des avenants en cas de modification de celle ci.
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Penser l’action exercée par chaque partie sur le système
La fonction définie l’action ou l’activité d’un organe dans le corps, d’une variable sur une courbe mathématique, d’un mot dans une phrase ou d’une personne dans un ensemble social. La fonction renvoie donc à la raison d’être d’un élément à ce en quoi elle est nécessaire au tout. On peut dire aussi qu’elle informe sur le besoin auquel il est nécessaire de répondre.
Le groupe secondaire se caractérise par la complexité des buts à atteindre ; ainsi cela ne peut se faire dans une polyvalence absolue. Différenciation entre les professionnels Afin de parvenir à répondre aux trois grands objectifs d’une organisation : poursuite du but, régulation de l’équilibre interne, adaptation à l’environnement ; chacun doit se spécialiser un min. Cette différenciation est appelée par le développement de la structure ; c’est ainsi que des fonctions précises sont confiées aux professionnels.
Cela dit plusieurs professionnels peuvent assurer les mêmes fonctions. . Importance de travailler les fonctions, risque de la confusion. Risque de l’hyperspécialisation
2. Principe différenciateur et ordre symbolique
La différenciation marque l’entrée dans la culture [Institution sort de la loi de la jungle = du plus fort et entre ainsi dans l’ordre et la culture]
Entre usagers et professionnels
De manière traditionnelle on n’accorde pas de fonction aux usagers mais pourtant en tant que membres du groupe …
= « principe différenciateur est la condition nécessaire pour que s’établisse une relation professionnelle [éducative] de soin qui se doit d’être asymétrique et de se construire sur une position de [accompagnant]soignant qui n’est pas identique à une position de [accompagné]soigné.»
Besoin de marquer la différence entre eux : usagers et nous : travailleurs sociaux.
= nécessité d’un travail institutionnel sur la différenciation entre professionnels et usagers.
« Prendre en compte l’existence d’un principe différenciateur, qui est de l’ordre du symbolique et qui a pour objet d’opérer des distinctions, entre “catégories”, sans lesquelles une institution demeure dans la confusion »
Il est s’inscrit dans le registre du symbolique, mais il lui faut dans institution, se concrétiser dans une représentation qui, elle est de l’ordre de l’imaginaire. Relation adulte/enfant
Car lien bigénérationnel est représentation “à disposition” d’un lien asymétrique, porteur de différenciations qui infiltre la totalité des rapports sociaux dans leur dimension imaginaire.
= lien asymétrique qui gomme cette réciprocité qui va du même au même.
Exemple de la prévention spécialisée et de la spécificité du travail « hors des murs »
II. Fixer les différences en conférant des statuts
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Définir la notion de statut
Le statut permet de décrire la position d’un individu ou d’un groupe par rapport à un ensemble, à un système. Le statut est une notion fixe, statique, en lien avec la structure de l’ensemble. C’est un cadre de référence stable plus ou moins donné.
En effet, il est toujours défini par le modèle culturel et social ; c’est donc un construit qui signifie la place d’un individu dans l’ensemble social autour de différents axes :
- biologique (mais en fait déterminé socialement) : sexe, âge, couleur de peau.
Question du genre (cf. les rapports de genre sont construits culturellement)
Ce n’est pas la réalité biologique mais bien le statut conféré aux vieux qui en font des sages dans certaines cultures et des inaptes dans d’autres.
- familial : parent, frère, enfant, marié, divorcé, orphelin
- social au sens le plus étroit (catégorisation dans une classe ou caste) : prolétaire, travailleur indépendant, patron, chômeur
- professionnel (cadre, employé, ouvrier…)
Le statut est imposé à la personne même si celle ci souhaite l'obtenir. Le statut de cadre, de femme, d'immigré est défini par une société et dans celle ci, sa définition est plus ou moins stricte.
Accéder à un statut
Le statut représente les droits et les devoirs auxquels on peut s'attendre à la place que l'on occupe dans le système social.
La question des liens innommables, de l’inceste et l’importance d’acquérir un statut
Exemple : statut de père se définit par un ensemble de positions auxquelles un fils et une société donnée peuvent s’attendre.
Aspects formels et informels : Les droits et les devoirs associés à une position organisationnelle sont, la plupart du temps, formalisés et définis dans des règlements, des définitions de postes ou des cahiers des charges et même parfois, dans des organisations publiques, par des textes de loi, décrets ou arrêtés.
Statut de l’éducateur est défini, codifié par les cadres sociaux, des normes légales, des traditions, des textes de politiques sociales et éducatives, des conventions collectives, ainsi qu’une place dans la division du travail…
Dans l’enchevêtrement des places sociales, les statuts sont souvent construits en complémentarité : ex : mari/femme ; soigné/soignant ; enfant/adulte ; éducateur/« éduqué »
A chaque statut sont liés certains modèles de conduites qui prescrivent aux individus placés dans ces positions, comment ils doivent se comporter notamment envers ceux qui occupent les positions complémentaires.
La complexité de définition du statut réside dans la difficulté à définir seul cette notion. Il n'est que le cadre imposé par les règles, les lois et la société. Il existe quels que soient les individus qui l’occupent. Il s’agit bien sûr d’assumer ses fonctions mais au-delà, de …
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Statuts, autorité, pouvoir et privilèges
C'est la société qui donne du pouvoir à certains statuts. Le statut renvoie aussi à la notion de rang et ainsi au prestige. Fustier, Travail d’équipe en institution, p.166…. = différenciation symbolique va de paire avec l’apparition de privilèges différenciateurs.
Indicateurs de la différence sont privilèges (sur mode phallique : en avoir ou pas).
Ces emblèmes sont inscrits dans le dispositif, dans les règlements, les droits, les interdits, les coutumes, les usages…Viennent souvent se loger dans alimentaire (soignants/éduc ont droits à petit plus dans le menu, ou au café..) ou dans les espaces réservés…Stabilisation des privilèges différenciateurs dans une institution n’entraîne pas de culpabilité ou malaise, ça va de soi.
Ils sont souvent stables quand l’organisateur institutionnel est une défense contre le fantasme de séduction. Privilèges différenciateurs maintenus pour protéger les soignants du risque de contact, de la représentation des patients comme partenaires possibles. Si défense contre le fantasme mobilisé totalité de la scène institutionnelle rigidité du dispositif et privilèges différenciateurs sont “intouchables”
→ Entre adultes :
= « privilège différenciateur » [entre adultes] qui prend souvent la figure d’une différenciation adulte/enfant (notamment entre soignants et soignés) quand le privilège différenciateur échappe aux soignants, il s’y substitue une lutte fraternelle (Fustier, W équipe en institution, p.173)
Même entre professionnels, ya privilèges différenciateurs : cf. dans même équipe entre ceux qui travaillent en séances (thérapeutes) et ceux qui travaillent dans la vie quotidienne (éduc, infirmiers) ya possible attaque des privilèges et déstabilisations possibles.
≠ dans même catégorie professionnelle, reconnaissance des nouveaux arrivés se fait souvent à la manière d’un passage de génération, souvent marqué par l’offre d’un privilège différenciateur qui signifie au nouveau qu’on le considère désormais comme un pair.
Cf. nouveaux recrutés ou stagiaires, donc ceux qui sont novices, ont un statut peu clair ; ils sont en attente, leur position est instable et mal reconnue. Sortie de cette période de « test » (pour voir s’ils sont capables ou font le poids, comme pour vérifier leur “adultité”) = souvent symbolisée par le don d’un privilège différenciateur : cf. leur remet un objet matériel (souvent une clé, ailleurs un badge) ou leur donne une autorisation (invité à exprimer leur opinion en réunion, qui marque leur droit à voir une opinion pertinente et à la transmettre) Don du privilège différenciateur symbolise sorite de la période initiatique où l’individu, soupçonné de ne pas être complètement dégagé de l’enfance (un ado pê), acquiert un statut d’adulte responsable, donc de professionnel à part entière…
(Manifestations emblématiques en termes de génération imaginaire ne sont pas interrogées)
→ Avec enfants :
≠ Quand usagers sont enfants, différence de génération est dans réalité des relations (≠imaginaire).
L’imaginaire qui s’introduit alors est un lien parental dans lequel le professionnel serait parent imaginaire pour des enfants devenus ses enfants. Ici les privilèges sont donc ceux que donnent la parentalité imaginaire : avoir pouvoir sur l’enfant, avoir le droit d’agir pour lui et pour son bien, se substituer aux parents (ou tuteurs) de réalité pour prendre des décisions essentielles (cf. le référent..). Le symbolique intervient ici (par l’institution) pour interdire la parentalité imaginaire et rappeler que ces enfants ne sont pas aux professionnels, mais que leur famille est ailleurs.
III. S’approprier ses rôles
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Le rôle, entre singularité et conformisme
Le rôle correspond à la façon particulière dont chacun se situe pour occuper son statut, exercer sa fonction, à la façon dont un individu se comporte lorsqu’il accède à une position sociale donnée. Le comportement dans tel statut se décline en termes de rôles.
Pour J.L. Moreno, le rôle est "la plus petit unité de la culture", "une manière d'être que prend le Moi". Moreno reconnait deux aspects au rôle :
- un aspect de convention, attente de régularité sociale au sens de Mead, rôle assigné, rôle prescrit.
Chaque rôle est en partie défini par un système de normes culturelles. « Le faisceau des attentes qui règlent le comportement d’un individu dans une position donnée » [Henri Mendras, Eléments de sociologie, Paris, A.Colin, 1979, p.257]
Pour Moreno, cet aspect du rôle est stéréotypé, il représente une "conserve culturelle". L’individu cherche à se conformer à l’idée qu’il se fait de son statut, en empruntant quelques fois des stéréotypes (un chef doit faire comme ça..). Mais ce sont aussi les autres qui exercent une pression à jouer un rôle en accord avec leurs représentations du statut.
- un aspect singulier de réinterprétation par une personnalité : le rôle spontané, créateur et cathartique."
Il existe une variété de possibilité de tenir son ou ses rôles.
Ex. : il y a bien des façons d’assumer son statut ou sa fonction de professionnel, de mari ou de femme, de parent, d'enfant….
D’autre part, un même individu remplit plusieurs rôles.
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D’abord parce qu’il est placé simultanément dans différents systèmes statutaires.
Ex. : L’éducateur peut être aussi père de famille, militant politique, délégué syndical ou gardien de but dans un club sportif.
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De plus parce qu’un même statut peut être associé à différentes fonctions et donc différents rôles.
Ex. : Etre manager implique d’être attentif à chaque membre de l’équipe et donc de développer son sens de l’empathie mais aussi de savoir tenir un cadre en conservant une posture d’autorité.
Comme le statut, qu’ils actualisent, les rôles se développent en relation les uns avec les autres. Je ne « jouerai » pas mon rôle de la même manière, dans une même structure si suis dans deux équipes différentes.
On parlera de conflits de rôles lorsque les différents rôles que joue l’individu le place dans une situation paradoxale ou les attentes et exigences sont contradictoires voire opposées.
L’éducateur, dans l’exercice de sa fonction est appelé à s’interroger sur de possibles conflits de rôles :
garder une confidence / dénoncer, signaler
comprendre et accepter / réprimer
être proche / être distant
observer, prendre du recul /agir, s’interposer
soigner / normaliser, rendre conforme
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Les conflits de rôle
IV.Négocier sa place
La notion de rapport de place
Toute relation interpersonnelle se structure à partir de la position respective que prennent les protagonistes. Au dela des positions objectives, il existe toute une dimension subjective et imaginaire qui est primordiale.
Relations interpersonnelles : conception proposé par la psychologie sociale américaine (Palo Alto, Goffman…) qui étudie les interactions comme des situations d’individu à individu. Selon cette conception c’est à partir de l’individu que se développent les liens avec autrui.
On appelle rapport de place, la façon dont se positionnent les individus les uns par rapport aux autres dans une relation. (Il est comme un frère pour moi…) « La notion de rapport indique que les positions prises par les individus dans une relation ne sont pas indépendantes et juxtaposées, mais qu’il existe entre elles un lien et un ajustement mutuels. »
Cela signifie que individu ne peut pas définir seul/unilatéralement la position qu’il occupe dans la relation. La place de chacun se négocie en permanence et se définit au cours de ses interactions avec les autres ; à travers la communication, chacun vise une certaine « place », mais en assigne en parallèle une à son/ses interlocuteur(s).
Û On parle alors de « place corrélative », qui complète, renforce et justifie la sienne.
Ex. : en réclamant le silence, un prof rappelle le rapport enseignant/ enseigné. (mari/femme ; parent/enfant ; salarié/employeur, …)
La place entre prescription et conquête
Mais l’interlocuteur (l’autre) peut accepter et entériner place qu’on lui assigne (parce qu’elle le valorise, parce qu’il y trouve un intérêt, parce qu’il n’a pas le choix), comme la contester et tenter d’établir un autre rapport. Ex de mai 68
Il existe 3 déterminants qui interviennent dans la négociation de la place : individuel, interactionnel et social. Le social est le plus important dans l’institution, il renvoie à la position statutaire occupée par les interactants.
L’individu change de place selon qu’il est dans son milieu familial, professionnel, amical….
Selon rôles pris par chacun, place différente en fonction du moment de vie du groupe.
Quand place dévalorisée = bouc-émissaire (cf. stéréotypes et préjugés et lien avec la cohésion de groupe)
= celui qui, dans un groupe, reçoit les projections négatives des autres membres du groupe
Origine du terme de « bouc-émissaire » = légende judaïque : dans village, le clan chargeait un bouc de toutes les erreurs et méfaits du clan Þ ils le chassaient hors du village jusque dans le désert.
Selon les phases du groupe, selon les événements, touts les affects négatifs peuvent être projetés sur un membre du groupe ou membre qui a place spéciale /groupe cf. le manager [car place spécifique ni dedans, ni dehors]
Dans phase d’illusion groupale, tous les affects négatifs peuvent être rejetés sur l’out-groupe, sur d’autres groupes. Dans tous les cas cela permet de renforcer la cohésion de groupe.
Place et identité
Sécurité, légitimité et bien-être
« Etre légitimé, [dans sa place professionnelle], c’est avoir le droit de faire et être en sécurité » = « permet d’exercer une pratique de droit (non pas seulement de fait), sans être à la merci d’une réaction violente (hiérarchique ou collégiale), qui condamnerai cette pratique. » Fustier, Le travail d’équipe en institution, p.159
Définition de soi
Question de la personnalité = qu’est ce qui nous permet de connaître l’individu = actes, discours…
+qu’est ce qui fait qu’un individu agit de la sorte = personnalité, caractère
« Une hypothèse de base de la psychologie sociale est qu’il est possible et utile de définir l’individu, du moins en partie, en fonction de ses relations avec les autres et avec des groupes, et de définir également ces relations par la manière dont elles sont vécues et ressenties par les individus » A. Lévy, Psychologie sociale. Textes fondamentaux anglais et américains, p.3
Introduction de la notion de personnalité sociale = ensemble de caractéristiques psychologiques communes à des individus participant de façon semblable à la vie sociale, c'est-à-dire ayant un même rôle (militant dans un mouvement alter-mondialiste, éducateur dans une institution, père de famille, citoyen de la même nation, …).
Nos ancrages sociaux jouent un rôle déterminant dans la construction de notre personnalité
On sent bien que l’exclusion sociale produit des effets psychopathologiques
Bibliographie
Castellan Y., Initiation à la psychologie sociale, Paris, A. Colin, coll.U2, 1970
Fustier P., Le lien d’accompagnement, entre don et contrat salarial, Paris, Dunod 2000
Le travail d’équipe en institution, Paris, Dunod, 1999
Linton R., « Concepts de statut et de rôle », in Psychologie sociale, textes fondamentaux anglais et américains, tome 2, Dunod, 2002
Marc E. et Picard D., Relations et communications interpersonnelles, Paris, Dunod, Coll. Topos, 2000
Mendras H., Eléments de sociologie, Paris, A. Colin, 1979
Pour aller plus loin
A venir